L'art délicat de se relever d'un cœur en miettes

Une lettre tendre à toutes celles qui, ce soir, recollent les morceaux à la lueur d'une bougie.

Sous la plume de Lady D.5 minutes de thé
Nature morte Régence : une lettre d'amour au sceau de cire brisé, des roses séchées et une tasse de porcelaine.
Acte premier

Le grand amour annoncé

Approchez, ma douce, et posez la tête un instant. Nul besoin de faire bonne figure ici ; les portes du Boudoir sont closes, et ce qui s'y dit ne franchira jamais nos murs.

Il était, disiez-vous, l'histoire d'une vie. Les promesses murmurées, les projets bâtis comme des châteaux, le nom déjà choisi pour le petit chien que vous auriez pris ensemble. Le décor était parfait. Trop, peut-être.

Acte second

Le sceau qui se brise

Et puis le sceau s'est brisé. Une lettre, un silence, une porte refermée — peu importe la forme qu'a prise l'orage. Vous voici le cœur en miettes éparpillées sur le tapis, à vous demander comment diable on ramasse tout cela.

Alors je vais vous confier ce que nulle romance ne raconte : on ne recolle pas un cœur comme une tasse. On le laisse cicatriser, de travers s'il le faut, et l'on découvre un beau matin qu'il bat de nouveau — différemment, plus sagement, mais il bat. Pleurez tout votre saoul, ma chère. Les larmes ne sont pas une faiblesse ; ce sont les eaux qui nettoient la plaie.

Et de grâce, ne vous punissez pas d'avoir aimé grand. Aimer ainsi n'est pas une sottise : c'est un courage que beaucoup n'auront jamais.

Le mot de la fin

La chute

Un jour — pas aujourd'hui, peut-être pas demain — vous repenserez à lui comme à une vieille robe : jolie en son temps, mais qui ne vous va plus. Et vous sourirez.

En attendant, buvez votre thé tant qu'il est chaud, et gardez-moi une place au coin du feu.

Lady D.

Le secret du Boudoir demeure sacré