Le trésor qu'on ne nous apprend jamais à compter

Où votre dévouée hôtesse plaide, la main sur le cœur, pour que chaque Sœur tienne les cordons de sa propre bourse.

Sous la plume de Lady D.6 minutes de thé
Nature morte Régence : un grand livre de comptes doré ouvert, des piles de pièces d'or et une plume.
Acte premier

Le décor doré

Prenez place, mes toutes belles, et rafraîchissez votre tasse de thé, car le sujet du jour est de ceux que l'on préfère glisser sous le tapis brodé du salon.

On nous a élevées, vous et moi, dans l'art exquis de la conversation, de la révérence et du choix des rubans. On nous a tout appris — tout, sauf à lire une colonne de chiffres sans que le front ne se plisse d'angoisse. La bourse, disait-on, était affaire d'hommes. Ma parole, quelle jolie fable pour nous garder les mains vides et le sourire poli.

Acte second

La révélation

Or sachez-le : une femme qui comprend son argent est une femme que nul ne saurait enfermer. J'ai vu des duchesses trembler devant un notaire, et des servantes tenir leur ménage avec la rigueur d'un général. La différence n'était point le talent — c'était le savoir, ce trésor qu'on nous refuse.

Voici donc mon édit, simple comme bonjour : connaissez ce qui entre, connaissez ce qui sort, et gardez toujours de côté une petite réserve secrète — ce que j'appelle affectueusement le coussin de la liberté. Point n'est besoin d'une fortune ; il faut une habitude. Notez tout, ne serait-ce qu'une semaine, et vous verrez votre or vous parler.

Je vous jure sur mon honneur que la première fois que j'ai su, au centime près, ce que valait mon indépendance, j'ai dormi comme jamais.

Le mot de la fin

La chute

Alors non, tenir ses comptes n'a rien de romanesque, et ne fera jamais frémir personne dans un bal. Mais entre nous, ma chère, un compte en banque qui respire vaut bien des soupirs sous la tonnelle.

Bref — qu'est-ce qu'on épargne ce mois-ci ?

Lady D.

Le secret du Boudoir demeure sacré